Les revenus des promoteurs d’événements continuent de croître malgré la hausse du coût des billets et des dépenses essentielles.
Sandrine Viens et Mackenzie Stone · 10 mars 2026
Selon un sondage réalisé en 2024 par l’agence de marketing Merge, 86% des 1000 participants avouent dépasser impulsivement leur budget lors de spectacles/ événements sur scène.
SANDRINE VIENS/CONCORDIA
Malgré la pression sur le budget des ménages, les Canadiens continuent d’affluer vers les concerts, festivals et sports-spectacles à travers le pays. Les amateurs de divertissement en direct ne se contentent pas de maintenir leurs dépenses, mais les augmentent, confirmant ainsi que les spectacles vivants demeurent une priorité même en période d’instabilité économique.
Un nouveau rapport publié par Statistique Canada révèle que les entreprises du secteur événementiel ont généré des revenus d’exploitation de 5,3 milliards de dollars en 2024, soit une hausse de 11,1 % par rapport à 2023 . Cette croissance, relativement constante depuis la pandémie, s’explique à la fois par l’effet de rattrapage et par la tenue de tournées internationales très populaires, comme celles de Taylor Swift et du groupe britannique Coldplay.
Alexis Perron-Brault, professeur en marketing à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et spécialiste de l’industrie culturelle, explique l’engouement pour les concerts par la dimension communautaire de ces événements. « Le spectacle, c’est une expérience partagée avec des gens sur place. C’est quelque chose d’assez unique », souligne-t-il.
Selon le professeur de l’UQÀM, le sentiment d’exclusivité et de rareté des concerts influence le montant que les spectateurs sont prêts à dépenser. « Tout le monde peut écouter une chanson d’un certain artiste populaire, mais juste un certain nombre d’entre nous va pouvoir aller au spectacle », évoque M. Perron-Brault.
Autrefois, les passionnés s’identifiaient à leur collection de vinyles ou de cassettes. Aujourd’hui, ils cherchent à se définir à travers les moments vécus lors de performances en direct, surtout dans un monde où la musique devient de plus en plus dématérialisée.
Pour Anne-Chloé Beaudoin, qui a dépensé plus de 2000 $ pour assister au concert de Lady Gaga à Montréal, la valeur de ces sorties réside dans la création de souvenirs. « Je suis jeune une seule fois dans ma vie, je vais dépenser mon argent », dit-elle. « En ce moment dans ma vie, je priorise les expériences avant les biens matériels. Les souvenirs, c’est quelque chose de physique d’une certaine manière. C’est quelque chose que tu traînes toute ta vie. »
Pour Beaudoin, l’importance des souvenirs partagés prend encore plus de sens à l’âge adulte, lorsque ces moments deviennent plus rares : « Cette année, mon grand-père et mon oncle sont décédés. Ça m’a rapproché de ma famille. De pouvoir vivre ces moments ensemble et d’avoir les moyens de les vivre, je le ferais à 100%. Je ne vois pas une meilleure manière de dépenser mon argent que de le faire avec ma famille . »
Pourtant, ces sorties ne sont pas toujours faciles à financer.
Les prix des billets, souvent gonflés par la tarification dynamique, qui ajuste le prix selon la demande et le moment d’achat, ainsi que par les frais cachés, pourraient freiner un bon nombre de spectateurs. Cependant, la plateforme Ticketmaster, qui domine le marché de la billetterie, utilise des techniques comme les comptes à rebours et les files d’attente pour créer un sentiment d’urgence.
Ces stratégies augmentent non seulement la tolérance au prix, mais réduisent également la sensibilité des consommateurs face au coût final. Comme le constate toutefois M. Perron- Brault : « Ça nous fâche, mais on le paye pareil. »
D’après Florian Jean Mayneris, professeur d’économie à l’UQÀM, les jeunes sont plus vulnérables à ces stratégies en raison d’un manque de littératie et de connaissances financières. « S’il y a des comportements de forte admiration et de fanatisme dans leurs cercles et qu’ils se trouvent dans un bain relationnel et culturel qui valorise ce genre de choses, ils seront poussés à le faire aussi », mentionne-t-il.
Cette combinaison de pression sociale et de réceptivité au marketing laisse croire que, même dans le contexte actuel de ralentissement économique et d’incertitude mondiale, le divertissement en direct continuera d’occuper une place considérable dans le budget des consommateurs.